DOCUMENTS, parfois INSOLITES

Antoine TEYSSANDIER dit l'Anglais (1777-1859), ancien marin de la Belle-Poule, prisonnier des Pontons anglais

Version du 26 septembre 2006

 

Cette histoire, passionnante, nécessitait bien quelques lignes.

Je suis partie de cet acte de décès, découvert par hasard en feuilletant les registres d'état-civil de Saint-Martin-la-Méanne, en Corrèze (Limousin, France) (je venais de découvrir les 3 actes de décès précédents qui déclaraient le décès de triplés et mes yeux se sont égarés sur l'acte suivant).

Acte de décès de TEYSSANDIER Antoine, dit l'Anglais (12/02/1859)

L'an 1859 et le 13 février du mois de février heure de midi , par devant nous, maire de Saint-Martin, remplissant les fonctions d'officier public de l'état-civil de la dite commune, sont comparus les sieurs CLAUX Pierre, cultivateur, 70 ans, demeurant à Soumaille (St-Martin), et GUILLE Antoine, cultivateur 46 ans, demeurant au dit lieu de Soumaille, lesquels nous ont déclaré que le 12 du courant sept heures du matin, TEYSSANDIER Antoine, dit l'Anglais, ancien marin sur le navire La Belle Poule, prisonnier de guerre sur les Pontons anglais, quand vivait fermier du Bac de Saint-Jean où il est décédé, commune de Saint-Martin-la-Méanne, à l'âge de 80 ans, est décédé en sa maison sise à Saint-Jean, ainsi que nous nous e sommes assuré. Et ont les comparants déclaré ne savoir signer de ce requis après lecture faite.

Aussitôt mon cerveau est entré en ébullition. Je ne savais rien ou presque, je voulais tout savoir sur cet homme : sa présence sous les drapeaux français puisqu'il était prisonnier de guerre, le navire de La Belle Poule, les fameux Pontons anglais où il était prisonnier de guerre, le hameau et le Bac de Saint-Jean à Saint-Martin-la-Méanne, hameau dont je n'avais jamais entendu parler et que je ne situais même pas sur des cartes locales pourtant bien connues, sa famille (était-il marié avant ou après son emprisonnement, avait-il des enfants ?). Remontons en arrière !

 

I. De la naissance à l'adolescendance d'Antoine TEYSSANDIER (1777-1802).

Antoine TEYSSANDIER, ou plus certainement TISSANDIER sur son acte de naissance, est né le 11 juillet 1777 à Barriac-les-Bosquets (15700 - Cantal - Auvergne), commune située non loin de la limite départementale entre la Corrèze et le Cantal. Il est le fils de TISSANDIER Jean et de BLANC Catherine, résidents au moulin de Favars à Barriac-les-Bosquets, tous deux décédés entre 1777 et 1818.

Département de la Corrèze, France, Europe

Barriac, carte de Cassini, XVIIème siècle

 

II. La conscription et le service militaire d'Antoine TEYSSANDIER.

Je n'ai pas encore recherché aux Archives départementales du Cantal (ou de Corrèze) la trace écrite de la conscription d'Antoine TEYSSANDIER ni de ses diverses affectations. Il aurait été âgé de 29 ans vers 1806.

Je ne sais pas s'il a demandé d'être incorporé dans la marine française. Le fait est qu'il est devenu marin, entre 1802 et 1806, sur le navire La Belle Poule.

 

III. Les voyages maritimes d'Antoine TEYSSANDIER

Après quelques études menées sur le navire La Belle Poule, il s'est avéré qu'il existait en fait plusieurs navires de ce nom qui se sont succédés au fils des ans.

La première Belle Poule est une frégate de quarante trois mètres, vingt-six canons, doté d'un équipage de deux cent cinquante hommes. La Belle Poule fait sa première campagne aux Antilles et elle est affectée à l'escadre de Suffren dans l'océan indien. On la retrouve à Brest en 1778. Elle doit ramener en Amérique l'ambassadeur de ce pays en France, Benjamin Franklin, également inventeur de paratonnerre. La marine française est en guerre contre l'Angleterre et protège les côtes du nouveau monde. Plus tard, elle reprend du service à Brest et elle est chargée de surveiller l'entrée de la Manche. La Belle Poule rencontre le 16 juillet 1780 un puissant vaisseau anglais, le Non-Sucharmé de soixante quatre canons. Il pousse la Belle Poule vers la terre, en direction de l'estuaire de la Loire. Pendant plusieurs heures, la Belle Poule se bat mais, manquant de puissance et de feu, elle est capturée par l'ennemi puis coulée.

(D'après : L'Histoire des Belle-Poule, mairie de Tourlaville)

 

Etant donné l'âge probable vers 1780 (3 ans) de notre Antoine TEYSSANDIER, il ne peut pas s'agir de La Belle Poule première du nom mais du navire de ce nom qui lui a succédé.

La seconde Belle Poule est construite à Nantes entre juin 1801 et mai 1802 dans le cadre du programme de construction navale du ministre Bruix, ancien amiral sauvé de l'échafaud par le Premier consul Bonaparte qui avait besoin d'hommes de mer. Elle est plus grande de 3 mètres que la précédente mais elle est surtout plus rapide grâce à une plus grande surface de voilure. Elle est armée de 40 canons pour un équipage de 300 hommes.

Elle appartient à l'escadre commandée par l'amiral LINOIS composée de cinq navires, un vaisseau et quatre frégates basés dans l'océan indien.

La Belle Poule reçoit comme mission de voguer vers l'océan Indien, de récupérer les cinq comptoirs de l'Inde et d'y débarquer, avec quelques troupes, le nouveau gouverneur des "Etablissements français de l'Inde", le général de division DECAEN.

En arrivant à destination, La Belle Poule aperçoit en rade une escadre de douze navires anglais. Elle file alors sur Madras et rejoint l'escadre française à l'île de France.

L'escadre repart en campagne à Sumatra pour des missions scientifiques, cartographies, sondages puis LINOIS décide de rentrer en France.

Sur la route du retour, arrêt à Sainte-Hélène. L'escadre étant regroupée, l'amiral LINOIS met cap sur la France via les Açores et décide d'attaquer un convoi de façon à ne pas rentrer bredouille au pays. Le combat est inévitable mais l'escorte britannique est plus puissante que prévu.

Le Ramillies portant 82 canons, commandée par l'amiral anglais sir Warren lance un appel à la Belle Poule : «Braves Français, tous mes canons sont chargés, toute résistance est inutile. Au nom de l'humanité, je vous en conjure, rendez vous ». Les Anglais rendent hommage au commandant Bruillac qui est fait prisonnier. Le pavillon est cloué sur un bout de mât. La Belle Poule est remorquée par les Anglais mais elle a subi tant d'avaries qu'ils ne s'en serviront jamais.

Amiral LINOIS

(1761-1848)

(Source : L'Histoire des Belle-Poule, mairie de Tourlaville)

Nota : ce navire sera suivi par La Belle Poule troisième du nom, mise à l'eau seulement en 1834 et célèbre pour avoir ramené de Sainte-Hélène en France le corps de Napoléon Bonaparte)

Antoine TEYSSANDIER était donc marin sur La Belle Poule (seconde du nom) à cette époque, ainsi que 300 autres hommes d'équipage sous les ordre du Commandant BRUILLAC lui même dirigé par Amiral LINOIS. Il navigue ainsi pendant plusieurs années dans l'Océan Indien et vers Madras. Il rejoint l'Ile de France (actuellement Île Maurice). Ensuite il repart vers Sumatra en Indonésie et enfin se dirige de nouveau vers la France avec un bref arrêt à l'îlot de Sainte-Hélène. Il s'approche des îles des Açores.

Le livre intitulé Voyages, Aventures et Combats, écrit par Louis GARNERAY, peintre et marin français, et réédité en 1887 par Victor TISSOT dans La Revue pour la Jeunesse qui a été également l'un des 300 marins de la Belle Poule II à cette époque, nous donne de précieuses indications sur la vie des marins à bord, sur leurs voyages et leurs combats contre les Anglais, sur leur emprisonnement et sur la vie des prisonniers français sur les Pontons anglais. Louis GARNERAY et Antoine TEYSSANDIER ont été faits prisonniers en même temps. (Un immense merci à Dany Clémenceau-Magnaval qui m'a scanné les pages de cet ouvrage déniché dans une brocante par son époux Kléber)

J'y ai donc appris que les Français, marins à bord, ont été faits prisonniers par les Anglais le 14 mars 1806.

Deux autres ouvrages disponibles en téléchargement sur le site de Gallica, bibiothèque numérique en ligne de la Bibliothèque nationale de France, nous donnent d'autres informations importantes sur cet épisode historique et les années qui ont précédé.

Les mémoires de Decaen : (à venir)

Les mémoires de Linois : (à venir)

 

IV. De l'Emprisonnement d'Antoine TEYSSANDIER sur les Pontons anglais à sa libération (1806-1808).

(à venir)

 

V. Antoine TEYSSANDIER fermier, ses mariages, ses enfants (1808-1859).

De retour en France, Antoine TEYSSANDIER s'installe comme marchand de meirein à Laygue, hameau de la commune de Saint-Merd-de-Lapleau. Il y fait la connaissance de sa future épouse.

Marchand de Mérain : ils étaient davantage bûcherons et marchands de bois que bateliers, la gabare étant seulement le moyen de transport qu'ils employaient pour livrer leur production. On les appelait ainsi indifféremment "gabariers" ou "meyrandiers", c'est-à-dire faiseurs ou marchands de merrain. (...) Le merrain était du bois de tonnellerie ébauché en douves et fonçailles, ces dernières constituant les éléments des fonds des barriques. Il se vendait alors par millier, unité de mesure comprenant 1360 douves et 604 fonçailles et pesant environ trois tonnes.

Pour en savoir plus, lire l'excellent Site de Charles Bouyssi sur les gabares de la Dordogne

 

Entre 1794 et 1808, mais plus vraisemblablement entre 1807 et 1808, Antoine TEYSSANDIER épouse Léonarde DELORT âgée de près de 40 ans (née vers 1768 d'après son acte de décès), fille de jacques LORT ou DELORT et de Jeanne TATTÉ (ou LALLÉ ???). Le couple demeure dans le hameau de Laygue, au bord de la Dordogne, dans la commune de Saint-Merd-de-Lapleau.

Le 24 janvier 1808 nait à Laygue, village de Saint-Merd-de-Lapleau, leur fils Jean TISSANDIER. Antoine TEYSSANDIER, son père, est âgé de 30 ans et son épouse a 40 ans.

Hélas, Léonarde DELORT décède le 23 mai 1818 à Laygue, Saint-Merd-de-Lapleau à l'âge de 50 ans.

Quelques mois plus tard, le 31 août 1818, Antoine TEYSSANDIER, toujours marchand de Merrain à Laygue à Saint-Merd-de-Lapleau, et âgé de 41 ans, se remarie à Servières-le-Château, commune voisine. Il épouse Françoise TOURON, jeune femme du village du Cheyrol à Servières-le-Château, née le 27 novembre 1781, fille de François TOURON et de Françoise SÉRIGNAC/SIRYEIX/FREIGNAC (?), parents décés au Breuil de Servières-el-Chateau au cours des années passées.

 

Acte de mariage d'Antoine TEYSSANDIER et de TOURON Françoise, 31 aoûit 1818, Servières-le-Château

Carte de Cassini régionale (17ème siècle) : à gauche encadré St-Martin-la-Méanne, en bas Servières-le-Château, à droite Barriac-les-Bosquets

Antoine TEYSSANDIER Et Françoise TOURON s'installent alors au Port de Saint-Jean , commune de Saint-Martin-la-Méanne où il devient marinier du bac de saint-Jean puis fermier.

Carte locale d'une partie de la Corrèze. La Dordogne coule entre les communes de Saint-Martin-la-Méanne en rive droite, Bassignac-le-Haut et Servières-le-Château sur la rive gauche. Le Port de Saint-Jean, situé près du hameau de Soumaille à la limite de la commune de Gros-Chastang où s'étale le bois du même nom, n'existe plus depuis la construction du barrage du Chastang.

Extrait de la carte de Chanlaire, centré sur Saint-Martin-la-Méanne et Servières-le-Château. Au cnetre, la Dordogne qui coule N-E/S-O en direction d'Argentat.

Localisation probable du hameau de Saint-Jean, près du Bois de Saint-Jean. le bac est noyé sous les eaux du barrage du Chastang.

Le couple aura au moins 4 enfants dont la trace a été retrouvée à Saint-Martin-la-Méanne dans les registres d'état-civil. IL n'est pas impossible que le couple ait eu d'autres enfants nés à Servières-le-Château entre 1818 et 1828.

Voici la fiche familiale d'Antoine TEYSSANDIER dit l'Anglais, en l'état actuel de mes connaissances sur cet homme.

 
 
Le couple a trois enfants

Jeanne TEYSSANDIER nait le 11 août 1821 au Port Saint-Jean à Saint-Martin-la-Méanne. Antoine TEYSSANDIER a 44 ans lors de la naissance de sa fille.

Jeanne sera mère célibataire d'un enfant naturel né de père inconnu : Etienne TEYSSANDIER né le 5 septembre 1846 à Saint-Martin-la-Méanne et dont l'avenir ne nous est pas connu. Jeanne TEYSSANDIER se mariera ensuite trois fois :

=> le 25 juin 1849 à Servières-le-Château avec Jean MAURY qui décèdera le 2 février 1852 dans la même commune. le couple aura une fille Marie MAURY, née le 27 mai 1851 au Rieu à Servières-le-Château et qui épousera le 3 février 1879 à Servières-le-Château Pierre MANIAUDET.

=> le 7 mars 1859 à Servières-le-Château avec Pierre PALISSE (né le 28/10/1834 à Hautefage; décédé entre 1859 et 1861 sans doute à Servières-le-Château.

=> le 11 février 1861 à Saint-Martin-la-Méanne avec Jean COMBES (né le 13 mai 1823 à Saint-Martin-la-Méanne et décédé après 1861 sans doute à Servières-le-Château.

Etienne dit par la suite Antoine TEYSSANDIER nait le 13 octobre 1822 au Port Saint-Jean à Saint-Martin-la-Méanne. Antoine TEYSSANDIER a 45 ans. Nous ne savons pas encore ce que ce fils deviendra. Nous le retrouvons seulement le 14 janvier 1851 alors qu'il exerce la profession de Mérandier, comme son père, au Port de Saint-Jean à Saint-Martin-la-Méanne.

Gabriel dit par la suite Pierre TEYSSANDIER nait le 25 septembre 1825 à Saint-Jean à Saint-Martin-la-Méanne. Il se mariera le 14 janvier 1851 à Servières-le-Chateau avec Marie dite Maria PLAZE néeen 1824. Le couple aura quatre enfants :

Marie TEYSSANDIER née le 24 janvier 1853 à Bassignac-le-Haut et qui épousera le 29 juillet 1872 à Saint-Martin-la-Méanne Joseph POMPADOUR de saint-Merd-de-Lapleau. Avec son époux, elle reprendra la maison et la profession de son grand-père Antoine TEYSSANDIER.

Anna TEYSSANDIER née le 22 septembre 1855 au Port de Saint-Jean et dont nous perdons la trace après sa naissance.

Pierre TEYSSANDIER né le 1er mars 1858 à Saint-Jean à Saint-Martin-la-Méanne. Il deviendra comme son grand-père Antoine mérandier au Port de saint-Jean. Il épousera Marie BOULÈGUE en premières noces entre 1875 et 1885 d'où un fils Jean Maurice. Il épousera en secondes noces Marguerite dite Marie TERRADE le 6 août 1887 à Servières-le-Château d'où Jean Albert (1893-1894) et

Françoise TOURON, son épouse, décède le 15 juin 1828 à Servières-le-Château. Antoine a 51 ans.

 

 

 

Remerciements : je tiens à remercier Dany Clémenceau-Magnaval, Gabriel DUBOIS, Christophe Boisserie, Jean-Pierre Fournial ainsi que toutes les autres personnes qui m'ont apporté un petit ou un grand plus sur des points particuliers de cette biographie, notamment les colistiers de la liste EntraideGenealogique19.

 

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Corinne Durand

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